«Ao Kung Kraben, Doi Tung, Le Rhône et Grindelwald» Exhibition view

Ao Kung Kraben, Doi Tung, Le Rhône et Grindelwald — 2007

Ao Kung Kraben, Doi Tung, Le Rhône et Grindelwald brings together landscapes originating from geographically distant territories: Thailand and Switzerland. Rather than presenting these places separately, the exhibition allows them to coexist within the same visual and mental space.

Ao Kung Kraben and Doi Tung refer to landscapes in Thailand profoundly marked by the relationship between nature and human intervention. They are places where the landscape is not simply contemplated, but transformed, cultivated and protected. Le Rhône and Grindelwald introduce another geography—that of Switzerland, where river, mountain and tourism have produced a different relationship between nature, memory and representation.

By bringing these places together, geographical certainty begins to disappear. A mountain may belong to Thailand or Switzerland; a forest, horizon or group of trees no longer necessarily tells us where we are. Landscape becomes less a description of place than a territory carried within memory.

The works move between compressed charcoal on paper, drawing directly on the wall, and large-scale experiments on bubble wrap. The charcoal produces dense blacks in which forms appear and disappear, while the irregular synthetic surface of the bubble wrap interrupts the continuity of the gesture. The support is no longer passive: it participates in constructing the image. The landscape emerges through friction between material, gesture and surface.

The different scales are equally important. Monumental drawings confront the body of the viewer, while smaller works and polyptychs introduce sequences, fragments and repetitions. One landscape can therefore be experienced as an expanse, another almost as a recollection or a succession of visual notes. Contemporary accounts of the exhibition also emphasized this movement between very large drawings and smaller sheets arranged as polyptychs.

There is another aspect that seems essential to me: black is not simply darkness. Through compressed charcoal, black acquires density, texture and even luminosity. The untouched paper, the variations of pressure and the interruptions of the surface allow light to emerge from within the drawing itself. This relationship between black, material and light was already identified at the time as central to the work.

Ultimately, Ao Kung Kraben, Doi Tung, Le Rhône et Grindelwald is not an exhibition about four locations. It is about what happens when distant landscapes are brought together through the experience of one person living between different cultures and geographies.

Thailand and Switzerland cease to be opposite territories. They become fragments of the same mental landscape.

«Ao Kung Kraben, Doi Tung, Le Rhône et Grindelwald» 2007, Synthetic paint on bubble wrap, 120 x 480 cm
«Ao Kung Kraben, Doi Tung, Le Rhône et Grindelwald» 2007, Compressed charcoal on paper, 150 x 280 cm
«Ao Kung Kraben, Doi Tung, Le Rhône et Grindelwald» 2007, Compressed charcoal on paper, 280 x 150 cm
«Ao Kung Kraben, Doi Tung, Le Rhône et Grindelwald» 2007, Compressed charcoal on paper, 280 x 150 cm
«Ao Kung Kraben, Doi Tung, Le Rhône et Grindelwald» 2007, Exhibition view

Le paysage au noir selon Chamroenvidhya

Le dessinateur thaïlandais de Genève revient à Andata Ritorno.

L’œuvre qui accueille le visiteur se veut éphémère. Siripoj Chamroenvidhya a tracé directement sur le mur d’Andata Ritorno un vaste paysage au fusain. Notez que le Thaïlandais de Genève reste fidèle à son médium. Le charbon de bois constitue en effet son outil préféré. Il en tire les mêmes effets de noir que certains artistes de la fin du XIXe siècle (comme Seurat) du crayon Conté.

 A 50 ans, l’homme revient dans une des galeries genevoises les plus ouvertes aux expérimentations. L’une de mieux accrochées aussi. Joseph Farine sait comme personne mettre en scène ce qui lui passe par les mains. Il fait ici un sort aussi bien aux plus grands dessins (dont un sur plastique bullé) qu’aux petites feuilles, disposées plus loin en polyptyques.

Avec ses titres faisant tantôt allusion à des lieux thaïs (Ao Kung Kraben, Doi Tung), tantôt à des sites suisses (Le Rhône à Genève et Grindelwald), l’exposition se révèle porteuse de rêves. Le spectateur entrevoit ce qui se passe. Il y a bien là des montagnes, des collines et des arbres. Mais tout garde, au propre, sa part d’ombre.                                                          

E.D.

TRIBUNE DE GENEVE

JEUDI 4 OCTOBRE 2007, WEEK-END

Le paysage au noir selon Chamroenvidhya

Le dessinateur thaïlandais de Genève revient à Andata Ritorno.

L’œuvre qui accueille le visiteur se veut éphémère. Siripoj Chamroenvidhya a tracé directement sur le mur d’Andata Ritorno un vaste paysage au fusain. Notez que le Thaïlandais de Genève reste fidèle à son médium. Le charbon de bois constitue en effet son outil préféré. Il en tire les mêmes effets de noir que certains artistes de la fin du XIXe siècle (comme Seurat) du crayon Conté.

 A 50 ans, l’homme revient dans une des galeries genevoises les plus ouvertes aux expérimentations. L’une de mieux accrochées aussi. Joseph Farine sait comme personne mettre en scène ce qui lui passe par les mains. Il fait ici un sort aussi bien aux plus grands dessins (dont un sur plastique bullé) qu’aux petites feuilles, disposées plus loin en polyptyques.

Avec ses titres faisant tantôt allusion à des lieux thaïs (Ao Kung Kraben, Doi Tung), tantôt à des sites suisses (Le Rhône à Genève et Grindelwald), l’exposition se révèle porteuse de rêves. Le spectateur entrevoit ce qui se passe. Il y a bien là des montagnes, des collines et des arbres. Mais tout garde, au propre, sa part d’ombre.                                                          

E.D.

TRIBUNE DE GENEVE

JEUDI 4 OCTOBRE 2007, WEEK-END

Ni nocturne, ni diurne  

Ni aubes, ni crépuscules, ou noir-blanc ou blanc-noir, «Ou bien…, ou bien» (Kierkergaard) sont les dessins de Siripoj Chamroenvidhya. «Peints» au fusain, ses paysages noirs, contaminés de la mélancolie (de grec: humeur noir) rationnelle duchampienne, évoquent une trajectoire de tableaux romantiques religieux de Gaspar-David Friedrich aux paysages radicals profanes de Gerhard Richter. Le manque de l’homme, voire des choses relatives, dans les paysages de Siripoj évoque aussi Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques: «le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui».

La force et la beauté de ses paysages désertiques, repose sur l’extrême économie des moyens. Son application du fusain sur le papier est un acte dessinal radical, à savoir que le fusain et le papier sont de la même substance, le bois. L’artiste les laisse tel quel à une esthétique de la matière. Il accorde une attention particulière au traitement de la surface du papier. Avec limpidité il définit le moment d’arrêter le dessin, comme un photographe émérite définit le juste moment où le blanc du papier dans l’émulsion chimique doit prendre son rôle d’«accomplissement» de l’image. Son paysage devient poétique: le papier «dessine» le fusain.

Ni figuratifs, ni abstraits formellement, figuratifs et abstraits sémantiquement, dépouillés de toute temporalité, les fusains mentionnent une modernité perpétuellement non-achevée. Utilisant l’iconographie du quotidien, par un «lyrisme documentaire», l’artiste propose son dessin comme une grande «photocopie» en noir, «un noir comme une couleur de lumière», pour reprendre les mots de Matisse. Chaînes de montagnes, silhouettes de collines, troncs d’arbres et arbres déracinés sont vus en front, en biais et «de dos». Doi Tung bis, une image d’arbre biseauté et «traînée» horizontalement sur le mur est devenue une fresque, un savoir-penser-faire par excellence («penser et dessiner sont pour moi une seule et même chose», dit l’artiste). Les paysages «conceptualisés» qui  évoquent inévitablement les jardins asiatiques de son enfance, ils occupent la place centrale de son travail. En dimensions anthropométriques, Doi Tung (collines vues du sommet d’une autre colline), Gulf de Siam (image horizon), Triangle d’Or (avec son horizon «monumental») et Kung Kraben (des troncs sans arrière-plan), sont des paysages suisse et thaïlandais «bilatéralement naturalisés» d’où le titre «Ao Kung Kraben, Doi Tung, Le Rhône et Grindelwald» de l’exposition à Andata/Ritorno.  

Bujar Marika, septembre 2007